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Laure Balteaux, violoncelle, voix, arrangements

Matthieu Ferry, lumières, dispositif électroacoustique, bande, sonorisation, scénographie

Juliette de Massy, voix, interprétation chorégraphique, violoncelle

Conception collective

GENESE

 

Récemment créés par la soprano Juliette de Massy dans l’idée de diversifier les pratiques et de faire émerger une nouvelle dynamique, les Ateliers Misuk sont nés d’une envie d’indépendance. C’est une équipe tournée vers l’interdisciplinarité et la recherche où le travail est de rendre aux choses leurs possibles.

 

Cette recherche en particulier, Par les peaux, est née de la rencontre entre deux musiciennes qui partagent l’envie de déplacer leurs pratiques instrumentales et vocales. Ainsi, la question de l’engagement du corps est apparue comme un levier d’exploration possible : le geste. L’évolution de cette recherche nous a poussé à nous questionner sur le lieu possible de cette gestuelle. Le désir est donc apparu d’ouvrir la pratique à d’autres médias et associer la question musicale au souci de la représentation scénique.

Opéra, concert, théâtre, chorégraphie, installation, performance : nous nous efforçons d’opérer à la métamorphose de ces concepts et d’ébranler ces cadres.

NOTE D’INTENTION

 

Répertoire

 

Le choix de Claudio Monteverdi dans sa volonté de musicaliser les émotions profondément charnelles et primaires de l’humain nous est apparu comme un puissant outil dans notre volonté d’ébranler les corps et d’engager le geste. De notre expérience, cette musique qui traverse nos corps d’interprètes les met en mouvement. Dans notre formation singulière initiale – voix et violoncelle – l’adjonction du dispositif électronique nous permet d’élargir le spectre des possibles pour orchestrer la musique de Monteverdi et lui donner une forme dessinée sur mesure, sorte de baroque décadent. Les sons électroniques purs ouvrent un espace sonore totalement nouveau, étirant ainsi le fil de la tradition jusqu’à nous. Ils viennent s’insérer pour construire le spectre complet dans lesquels les corps peuvent se mouvoir à la manière de la musique d’Eliane Radigue.

Par ailleurs, dans le répertoire plus contemporain, l’œuvre de Giacinto Scelsi et son travail sur l’intérieur du son, sa décomposition spectrale et la recomposition des timbres, nous a intéressé par son aspect profondément tellurique. 

Dans la musique d’Ivan Fedele, composée spécifiquement pour la voix et le violoncelle, l’écriture même fond ensemble les gestes. La note passe d’un instrument à l’autre, d’un corps à l’autre. 

Au départ, il y a des souffles, des râles, des frottements du crin sur les cordes, de la peau sur le bois, les corps se mettent en mouvement. La matière nous semble être propice à la recherche. Nous avons travaillé notamment à l’entrelacement de la Sequenza de Berio pour voix avec celle pour violoncelle. 

Nous travaillons aussi à un processus d’étirement de ces écritures par l’improvisation vers une forme de continuité musicale qui nous est plus propre.

 

Recherche scénique

 

L’idée de travailler sur le corps nous a rapidement orienté vers la nudité. Puisque nous travaillons sur le corps, il faut qu’on le voie ; libre ; ses mouvements, ses respirations, sa texture, etc. Si l’air du temps est à la pudibonderie, dans notre recherche, le corps féminin est une matière visuelle et charnelle sur lequel un regard simple peut être posé. Exposer des corps musiciens nus sur un plateau, au regard du rapport qu’exerce la société à la nudité, ne peut qu’opérer des questionnements de regards et de perception. 

D’un point de vue iconographique, cette recherche nous a mené à la rencontre de l’œuvre intimement charnelle de Francesca Woodman. Cette photographe américaine des années 70 a produit de son adolescence à son suicide à 23 ans de nombreux tirages qui mettent en scène dans une autofiction, son propre corps à moitié ou complètement nu dans des environnements énigmatiques, des intérieurs inhabités.

Les photos évoquent aussi souvent le mouvement et du fait de sa mort prématurée, nous avons accès à des séries complètes qui tracent un déplacement dans l’espace, une action, un geste… Par le réagencement de ces tirages nous pouvons écrire une partition chorégraphique (Atlas mnémosyne). Ainsi, grâce à cette partition composée depuis l’univers de Woodman, le parcours au plateau se dessine, s’interprète ; l’arrivée d’accessoires (tube, miroirs, fleurs), de costumes, d’éléments scénographiques (porte, table, tabourets, trapèze) et de matériaux (pierres, eau, peinture, plâtre). 

Nous nous sommes décidés pour un dispositif où les spectateurs pourraient avoir accès à la totalité du geste. Un dispositif public autour de l’interprète, avec plusieurs frontalités. Le geste sera donc vu de tous les points de vue, comme la sculpture qui déplace la réflexion vis-à-vis de la frontalité de la photographie.

 

« Ce que je vois me cache toujours quelque chose que je ne vois pas, et cette chose que je ne vois pas est cachée par ce que je vois ».

Johann Le Guillerm, artiste performeur issu du cirque.

 

Dans cet espace intime et unique, où tout peut être vu, les corps et les voix se découvrent dans leur matérialité et leurs angles morts. Ce sont des fragments de pudeur dévoilée, des apparitions fugitives qui transitent de peau à peau.

DISPOSITIF ELECTROACOUSTIQUE ET SONORISATION

 

Pour donner une matérialité au plateau à la partie électroacoustique, nous avons créé un dispositif conçu à partir de plaques métalliques suspendues et de vibreurs qui donnent un corps, une présence scénique et scénographique au son (sorte d’acousmonium métallique). 

En sonorisant les instruments et les voix, les timbres des différents interprètes peuvent s’interpénètrer dans une couleur et une résonnance particulières.

Au cours du travail, les plaques métalliques tout comme les autres éléments scénographiques, sont aussi devenues des instruments propres à l’usage des interprètes (frottements, gongs, percussions, bruits, etc). 

 

INSPIRATIONS

 

Antoine d’Agata, Chantal Akerman, Antonin Artaud, Francis Bacon, Gerd Bonfert, Elvio Cippolone (Der Wind), Tom Cora, Paul Delvaux, Gérard Dessons (L’odeur de la peinture), Georges Didi-Huberman, Valérie Dréville (Face à Médée), Isabelle Duthoit, The Ex, William Faulkner, Diamanda Galas, Federico Garcia Lorca, (Jeu et théorie du Duende), Vinko Globokar (Korporel), Peter Greenaway, Vilhelm Hammershoi, Sabine Huyhn (Parler peau), Dieter Jung, Helmut Lachenmann (Pression), Domitie de Lamberterie (La métaphysique de la chair), György Ligeti, Guerashim Luca, Chris Marker, Duane Michals, Ernest Muybrigde, Eliane Radigue, Man Ray, Carlos Reygadas, Tenko, Pierre Schaeffer, Alvise Sinivia, Chaïm Soutine, Straub et Huillet, Sonia Wieder-Atherton, …